Une prudence de courte durée
 

Les marchés ont repris le chemin de la hausse mi-juillet, après une brève correction. Grâce aux résultats des entreprises, aux bons chiffres du chômage et à la transparence de la Federal Reserve, les marchés européens et américains ont progressé de plus de 2% sur le mois. En revanche la tendance est moins porteuse en Chine où le gouvernement a une nouvelle fois surpris les investisseurs avec des réglementations draconiennes. Le marché chinois recule de plus de 5% et commence à inquiéter les investisseurs étrangers.

 

Aux Etats-Unis,

La tendance est donc positive. Les résultats des entreprises sont au rendez-vous et le marché de l’emploi reste dynamique avec un taux de chômage déjà redescendu à 5,4%. Le plan de relance de l’administration Biden tarde à être adopté mais après tout, l’urgence est moindre, car la formidable machine économique américaine est relancée. L’inflation reste élevée et le secteur de l’immobilier est en plein boom, mais cela pourrait être transitoire. C’est d’ailleurs le pari de Jerome Powell, président de la Federal Reserve, dont l’excellent travail de communication rassure les marchés. Les premières remontées des taux ne devraient pas avoir lieu avant début 2023, ce qui donne suffisamment de visibilité aux investisseurs pour se préparer à ce changement.

 

En Europe,

La tendance est également bonne. La fin des restrictions sanitaires se dessine et l’économie se porte bien. Les regards vont désormais se tourner vers l’Allemagne, où Angela Merkel, après 16 ans à la tête de son pays va passer la main fin septembre. Son successeur paraît tout désigné, mais le choc du terrible épisode des inondations mi-juillet pourrait favoriser un vote écologiste. Cela changerait beaucoup d’aspects de la politique économique allemande et en particulier son attitude vis-à-vis de la Chine. Il faudra donc rester vigilant. Quoiqu’il en soit la zone économique européenne reste dans une bonne dynamique, profitant notamment de la qualité de son secteur industriel et de son bon positionnement dans le virage écologique en cours.

 

En Chine,

La situation est en revanche plus problématique. Le gouvernement poursuit sa campagne de "recadrage" du secteur privé, et cette fois ce sont les entreprises de soutien scolaire qui en ont fait les frais. Sommées de se transformer en entités à but non lucratif, leur cours de bourse s’est effondré en quelques heures de 90%, laissant s’évaporer plus de 100 milliards d’euros de capitalisation boursière. Pour les investisseurs étrangers, largement investis sur ces entreprises, cela a peut-être été le coup de trop, car depuis plusieurs mois le gouvernement chinois n’a eu de cesse d’attaquer ses champions nationaux du secteur privé (Alibaba, Tencent ou Meituan...) et collectivement ce sont des centaines de milliards de capitalisation boursière qui ont disparu.

Incrédules au début, les investisseurs internationaux commencent à comprendre que Xi Jinping veut réellement rompre avec la politique de libéralisation de son pays. Cette politique, initiée par Deng Xiaoping dans les années 80, a en effet l'inconvénient d'engendrer un trop grand nombre d'inégalités et de permettre une critique historique des fondations du Parti Communiste Chinois (PCC). Xi Jinping, qui a été marqué par la chute de l'URSS, veut éviter le même sort et cherche donc à reprendre en main l'économie de son pays, en s'appuyant sur son aile gauche, et à développer un modèle capitaliste chinois dirigé par l'Etat.

Comme toujours l'idée est séduisante, mais elle est très risquée. Car les systèmes économiques sont des organismes complexes, qui s'accommodent très mal d'un pouvoir trop centralisateur. S’il parviendra sans doute à réduire les inégalités à court terme, le peuple chinois risque à moyen terme de perdre une grande partie de son efficacité économique et la confiance de ses partenaires étrangers.

Philippe Lefebvre 24 Aug. 2021